
CHAPITRE I – LE MARDI OÙ TOUT AURAIT DÛ S’ARRÊTER
Il était 19 h 47.
Paris s’enfonçait dans cette lumière d’automne qui donne aux façades haussmanniennes une élégance presque funèbre.
Sur la pelouse de Breteuil, il ne restait plus personne.
Quelques heures auparavant, deux hommes y avaient perdu ce qu’ils croyaient posséder définitivement.
Antony avait supplié Vanessa.
Isidore s’était agenouillé devant Solène.
Les deux femmes étaient reparties sans se retourner.
La scène aurait dû constituer la conclusion d’un épisode sentimental particulièrement cruel.
Elle allait devenir le point de départ d’une affaire autrement plus inquiétante.
Car à 19 h 47 précisément, quatre téléphones sonnèrent.
Celui de Vanessa.
Celui de Solène.
Celui d’Antony.
Et celui d’Isidore.
Sur les quatre écrans figurait le même numéro.
Un numéro parisien.
Inconnu.
Vanessa, encore secouée par l’affrontement de Breteuil, refusa l’appel.
Solène, qui avait regagné son appartement après son retour de Cassis, laissa sonner.
Antony décrocha.
Isidore également.
Mais aucun des deux n’entendit une voix.
Seulement un enregistrement.
Une conversation.
La conversation qu’ils venaient d’avoir sur la pelouse.
Avec une qualité sonore stupéfiante.
Chaque mot.
Chaque hésitation.
Chaque supplication.
Jusqu’au bruit du vent dans les arbres.
Puis une voix féminine, parfaitement calme :
« Vous avez cru que le transfert était terminé. Il ne fait que commencer. »
La communication fut coupée.
Antony rappela immédiatement.
Numéro inexistant.
Isidore, malgré vingt années de poker et une expérience presque pathologique des manipulations humaines, sentit une sueur froide lui traverser le dos.
Il comprit une chose.
Quelqu’un les avait écoutés.
Mais ce qu’il ignorait encore était beaucoup plus grave.
Quelqu’un avait prévu leur réaction avant même qu’ils ne se rendent à Breteuil.
CHAPITRE II – JONATHAN, L’HOMME QUI NE CROYAIT PAS AUX COÏNCIDENCES
À quelques kilomètres de là, Jonathan travaillait.
Depuis le rendez-vous du Belloy, avenue Kléber, sa contre-offensive avait pris une ampleur considérable.
Erika et Jean-Charles avaient cru pouvoir le prendre de vitesse sur le référencement des cabinets d’avocats.
Ils avaient commis une erreur fondamentale.
Ils avaient sous-estimé l’homme.
Jonathan ne découvrait pas les réseaux.
Il les pratiquait depuis 2000.
Il avait vu défiler les générations de PABX, les premières migrations IP, les trunks SIP, les standards externalisés et les transformations successives de la relation client.
Il savait qu’une entreprise pouvait survivre à un mauvais site internet.
Mais beaucoup plus difficilement à une organisation dans laquelle personne ne pouvait joindre personne.
Avec Avocats-Services.fr, il avait décidé d’aller beaucoup plus loin.
Son offre ne se limitait plus au SEO avocat.
Elle réunissait la téléphonie pour avocat, le standard téléphonique avocat, le secrétariat externalisé avocat, la création site web avocat et la cybersécurité avocat.
C’était une proposition globale.
Et les cabinets parisiens commençaient à comprendre.
Ce soir-là, Jonathan examinait le dossier d’un cabinet spécialisé en droit des affaires.
Les associés avaient posé trois questions.
Comment trouver des clients avocat ?
Comment améliorer la visibilité d’un cabinet d’avocats sur Google ?
Comment ne plus manquer d’appels clients avocat ?
Jonathan avait immédiatement identifié leur problème.
Le cabinet investissait dans son référencement avocat Google, mais ses appels étaient mal distribués.
Son accueil téléphonique avocat s’interrompait pendant les audiences.
Sa permanence téléphonique avocat était inexistante après 18 heures.
Son agenda partagé cabinet avocat n’était pas synchronisé avec les collaborateurs.
Et le site internet, pourtant élégant, ne convertissait qu’une faible partie des visiteurs.
La réponse passait par une solution téléphonique pour cabinet d’avocats, combinant téléphonie IP avocat, standard virtuel avocat et télésecrétariat juridique.
Pour les cabinets disposant d’équipements internes, Jonathan proposait également un standard PABX avocat, capable de gérer les postes, les transferts et les appels simultanés.
Pour les avocats mobiles, il privilégiait le fixe business 2 mobile avocat.
Cette technologie permettait de conserver une continuité professionnelle entre le bureau et les déplacements.
Jonathan connaissait sa valeur.
Mais ce soir-là, cette même technologie allait lui révéler une anomalie.
À 20 h 03, son téléphone professionnel sonna.
L’afficheur indiquait :
VANESSA DUVAL.
Jonathan décrocha.
– Vanessa ?
Silence.
– Vanessa, je t’écoute.
Puis une voix.
La sienne.
La voix de Jonathan.
Parfaitement reproduite.
« Tu as gagné la bataille du référencement. Mais tu as oublié de protéger ceux qui t’entourent. »
Jonathan se redressa.
La voix continua :
« Demande à Antony ce qu’il a entendu à Breteuil. »
Clic.
Jonathan regarda immédiatement l’historique de son standard.
L’appel était bien arrivé.
Mais le numéro présenté n’avait pas la même provenance technique que les appels habituels de Vanessa.
Une usurpation d’identité téléphonique était possible.
Une autre hypothèse, plus inquiétante, venait de naître.
Quelqu’un cherchait à faire croire que les membres du groupe s’appelaient entre eux.
Et à provoquer une réaction en chaîne.
Jonathan prit son second téléphone.
Il appela Vanessa.
Cette fois, elle répondit.
– Jonathan ?
– Où es-tu ?
– Chez moi. Pourquoi ?
– Est-ce que tu m’as appelé il y a deux minutes ?
– Non.
Un silence.
Puis Vanessa demanda :
– Pourquoi tu me poses cette question ?
Jonathan répondit :
– Parce que quelqu’un vient de le faire à ta place.
CHAPITRE III – LA NUIT DE BRETEUIL RECOMMENCE
Vanessa était dans son appartement de l’avenue de Breteuil.
Depuis la nuit passée avec Antony, puis celle vécue avec Jean-Charles dans le XIVe arrondissement, son équilibre intérieur s’était effondré.
Elle avait cru appliquer la théorie d’Isidore.
Le transfert de love.
Déplacer l’attachement.
Remplacer l’attente.
Créer un nouveau centre de gravité sentimental.
Mais Jean-Charles, avec son appartement parfaitement rangé, son intelligence calculatrice et sa disponibilité stratégique, n’avait jamais réussi à effacer totalement Antony.
Et le spectacle d’Antony humilié sur la pelouse avait produit en elle un trouble qu’elle refusait encore de nommer.
Ce soir-là, elle était seule.
Du moins le croyait-elle.
À 20 h 16, un mail apparut.
Objet :
RETRANSCRIPTION AUDIO AVOCAT – DOCUMENT CONFIDENTIEL
Vanessa fronça les sourcils.
La retranscription audio avocat faisait partie des prestations dont Jonathan lui avait parlé.
Mais elle n’avait commandé aucune transcription.
Elle ouvrit le message sans télécharger la pièce jointe.
Une seule phrase :
« Maître Duval, souhaitez-vous connaître la véritable raison pour laquelle Antony a cessé de vous rappeler ? »
Son cœur accéléra.
Puis un deuxième message arriva.
« Ou préférez-vous découvrir pourquoi Jean-Charles savait que vous sortiriez du tribunal de Cergy ce jour-là ? »
Vanessa se leva brusquement.
Elle se souvenait parfaitement de cette rencontre.
Jean-Charles l’avait abordée à la sortie d’une audience.
Il avait proposé un verre.
Puis son appartement.
Elle avait toujours considéré cette succession comme une opportunité qu’il avait su saisir.
Mais une question, jusque-là jamais formulée, venait de lui traverser l’esprit.
Comment savait-il qu’elle serait à Cergy ?
Elle appela Jean-Charles.
Aucune réponse.
Elle rappela.
Messagerie.
Puis un troisième message apparut.
Cette fois, une photographie.
Jean-Charles.
Au Belloy.
Assis à une table.
En face d’Erika.
Et à côté d’eux, la femme silencieuse qui avait présenté à Jonathan la cartographie des cabinets d’avocats.
Vanessa reconnut immédiatement Jean-Charles.
La photographie était datée.
La veille de leur rencontre à Cergy.
Vanessa sentit son souffle se bloquer.
Le hasard venait de perdre une grande partie de sa crédibilité.
Elle appela Jonathan.
– Je crois que j’ai été utilisée.
Jonathan ne répondit pas immédiatement.
– Qu’est-ce que tu as reçu ?
– Une photo. Jean-Charles et Erika.
– Envoie-la-moi.
Quelques secondes plus tard, Jonathan l’examinait.
Puis il remarqua un détail.
Dans le reflet d’une vitre, derrière la table, apparaissait une quatrième personne.
Impossible de distinguer son visage.
Mais on voyait parfaitement sa main.
Et une bague.
Une bague que Jonathan avait déjà remarquée ailleurs.
À Fleury.
CHAPITRE IV – ERIKA AVAIT PERDU. MAIS AVAIT-ELLE VRAIMENT PERDU ?
La contre-offensive de Jonathan avait produit des résultats spectaculaires.
Les cabinets abandonnaient progressivement les propositions d’Erika et de Jean-Charles.
La raison était simple.
Leur approche du SEO pour cabinet d’avocats était commercialement séduisante, mais techniquement incomplète.
Jonathan avait ajouté la dimension que personne ne pouvait ignorer : la sécurité.
La cybersécurité pour avocat n’était pas une option.
La cyber sécurité cabinet juridique concernait les données confidentielles, les accès aux dossiers, les messageries, les sauvegardes et la continuité des communications.
Il avait construit un discours autour d’une question devenue centrale :
Quelle est la meilleure cybersécurité pour cabinet juridique ?
Et surtout, comment concilier développement commercial et confidentialité ?
Les cabinets avaient compris.
Mais Erika n’était pas une femme habituée à perdre.
Dans un bureau parisien dont les stores étaient fermés, elle contemplait les derniers chiffres de sa structure.
Les annulations se multipliaient.
Un cabinet venait de suspendre son contrat de référencement cabinet juridique Paris.
Un deuxième exigeait des garanties sur son optimisation SEO avocat Paris.
Un troisième souhaitait savoir si son prestataire pouvait assurer la création site internet cabinet d’avocats tout en garantissant une véritable protection technique.
Jean-Charles entra.
– On a encore perdu deux dossiers.
Erika ne leva pas les yeux.
– Je sais.
– Jonathan est en train de nous sortir du marché.
– Non.
Elle referma lentement son ordinateur.
– Jonathan est en train de gagner la partie que nous lui avons laissée jouer.
Jean-Charles fronça les sourcils.
– Qu’est-ce que ça veut dire ?
Erika le regarda.
– Que tu as confondu Vanessa avec une opportunité.
– C’en était une.
– Et tu as oublié qu’elle était avocate pénaliste.
Jean-Charles ne répondit pas.
– Une avocate pénaliste qui, lorsqu’elle se sent utilisée, ne réagit pas comme une cliente mécontente.
Erika marqua une pause.
– Elle enquête.
Le téléphone de Jean-Charles vibra.
Un message de Vanessa.
« Nous devons parler. Je sais pour le Belloy. »
Il pâlit.
Erika observa son visage.
– Trop tard.
– Pourquoi ?
Elle se leva.
– Parce que maintenant, elle sait que tu connaissais mon existence avant Cergy.
Jean-Charles serra son téléphone.
– Tu m’avais dit qu’elle ne découvrirait rien.
Erika répondit avec une tranquillité effrayante :
– Je t’avais dit qu’elle ne découvrirait rien avant que Jonathan ait lancé sa campagne.
Un silence.
Jean-Charles comprit qu’il manquait une partie du plan.
Et pour la première fois, il eut peur d’Erika.
CHAPITRE V – SOLÈNE, CASSIS ET LE PIÈGE DU MARSEILLAIS
À Cassis, quelques jours plus tôt, Solène avait cru reprendre sa liberté.
Après le selfie d’Isidore avec Alexandra, publié puis supprimé sur le groupe WhatsApp « La théorie du jouet », elle avait quitté Paris pour retrouver le Marseillais.
Un homme qui vendait des pompes à chaleur et des panneaux solaires.
Un homme dont elle connaissait parfaitement les limites intellectuelles.
Mais dont elle appréciait alors l’extraordinaire disponibilité.
Il ne théorisait rien.
Il ne parlait ni probabilités ni psychologie amoureuse.
Il la complimentait.
Il l’écoutait.
Il lui disait ce qu’elle voulait entendre.
Après Isidore, c’était presque reposant.
Presque.
Car depuis son retour à Paris, une impression étrange ne la quittait pas.
Le Marseillais semblait connaître des détails qu’elle ne lui avait jamais racontés.
Le prénom d’Alexandra.
Le lieu exact du poker d’Isidore.
La photographie du groupe WhatsApp.
Et même la date de son partenariat professionnel avec Vanessa.
Solène avait d’abord attribué cela à sa propre indiscrétion.
Puis elle avait retrouvé un message.
Envoyé par le Marseillais quelques heures avant son arrivée à Cassis :
« Je t’attends. Tu verras, ici tu ne penseras plus à lui. »
À lui.
Isidore.
Mais comment pouvait-il savoir qu’elle venait précisément pour oublier Isidore ?
À 21 h 04, Solène décida de l’appeler.
– Dis-moi quelque chose.
– Tout ce que tu veux, ma beauté !
– Comment savais-tu pour Isidore ?
Silence.
Un silence trop long.
– Tu m’en avais parlé.
– Non.
– Si, forcément.
– Non. Je ne t’avais jamais dit son prénom.
La voix du Marseillais changea.
Son assurance habituelle disparut.
– Solène, écoute…
– Qui t’a parlé de lui ?
– Je ne peux pas te répondre maintenant.
– Pourquoi ?
Il baissa la voix.
– Parce qu’il y a quelqu’un chez moi.
Solène sentit un frisson lui parcourir la nuque.
– Qui ?
– Je te rappelle.
La ligne fut coupée.
Trente secondes plus tard, un message arriva.
« Ne rappelle pas. »
Puis un second.
« Et surtout, ne parle pas à Erika. »
Solène resta figée.
Elle n’avait jamais évoqué Erika avec lui.
Jamais.
Comment connaissait-il son nom ?




